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Julien Bonhomme

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure (1995) et agrégé de philosophie (1998), j'ai obtenu un doctorat d'anthropologie à l'École des hautes études en sciences sociales en 2003. J'ai été maître de conférences en anthropologie à l'université Lumière Lyon-2 (2006), puis directeur-adjoint du département de la recherche et de l'enseignement du musée du quai Branly (2008). Je suis actuellement maître de conférences en anthropologie à l'Ecole normale supérieure (Paris) et chercheur au Laboratoire d'anthropologie sociale.

Thèmes de recherche : Anthropologie des faits religieux, Ethnographie de la communication, Ethnographie urbaine, Anthropologie visuelle.

Mes recherches s’appuient sur des enquêtes de terrain au Gabon et au Sénégal (et de manière plus ponctuelle à Cuba), mais également sur un travail dans les archives coloniales de l’Afrique équatoriale française et du Congo belge. Mes travaux actuels articulent quatre principaux volets thématiques :

1. Les pouvoirs de la parole en contexte rituel

Je m’intéresse à différents types de discours rituels (divination, serment, ordalie, malédiction, invocation, etc.) afin d’étudier comment la parole est dotée d’une efficace propre par les participants eux-mêmes. Dans ce cadre, j’étudie l’articulation de la parole avec les autres registres d’expression mobilisés par le rituel : action, musique, image, graphismes, artefacts, etc. De façon plus générale, je m’intéresse aux rapports que la parole rituelle entretient avec le discours ordinaire ou encore avec les questions de genre.

2. Les dynamiques contemporaines de la sorcellerie : des ragots aux rumeurs


Je m’intéresse aux dynamiques de la parole accusatrice dans les affaires de sorcellerie. J’étudie la circulation des ragots au sein de la famille ou du voisinage, en montrant qu’ils constituent des formes indirectes de communication permettant d’esquiver le conflit frontal. J’examine aussi comment la divination offre une scène rituelle sur laquelle les accusations de sorcellerie peuvent s’exprimer. Parallèlement, je m’intéresse à une série de rumeurs de sorcellerie qui circulent à une vaste échelle, parfois à travers tout le continent africain. J’étudie comment ces rumeurs transnationales sont propagées par les médias et la « radio-trottoir ». J’examine en outre comment elles donnent parfois lieu à des accusations publiques qui dégénèrent en lynchages. Ces rumeurs s’avèrent être des affaires exemplaires pour comprendre l’Afrique contemporaine, les types de sociabilité, les modes de communication, les normes morales et les formes de violence qui y ont cours.

3. Les écritures prophétiques : literacy et religion


Dans le cadre d’un projet plus large sur l’appropriation des technologies modernes de communication, je m’intéresse aux usages de l’écriture au sein de différents mouvements prophétiques africains depuis l’époque coloniale. Je montre que ces écritures prophétiques, qui servent autant à manifester l’autorité charismatique du prophète qu’à communiquer un message religieux, empruntent à la fois au document officiel et aux Écritures saintes. Elles renvoient à une idéologie scripturaire dont l’origine s’enracine dans la situation coloniale : technique de pouvoir autant que de savoir, l’écriture est intimement associée à ces deux pivots de la colonie que sont la mission et l’administration. En l’intégrant à leurs traditions religieuses, les prophètes cherchent ainsi à s’approprier les pouvoirs de l’écriture.

4.
La fabrique des champions : la lutte avec frappe au Sénégal

Dans le cadre d’une enquête collective, je m’intéresse à la lutte avec frappe, l’un des sports les plus populaires au Sénégal. Il s’agit de suivre toute la chaîne des acteurs et des institutions impliqués dans le monde de la lutte : depuis l’écurie de quartier où les lutteurs s’entraînent, jusqu’à l’arène où ils combattent, en passant par les instances qui encadrent et réglementent la pratique, les médias qui contribuent à en faire un grand spectacle, ou encore les promoteurs et les notables qui parrainent les combats. À partir d’une enquête menée dans la banlieue de Dakar, j’étudie comment la lutte n’est pas uniquement une affaire de compétence sportive : cela nécessite tout un travail de mobilisation de l’écurie, de la famille et du quartier, afin d’apporter au lutteur le soutien matériel, moral et « mystique » sans lequel il ne peut espérer réussir. Il s’agit en somme de comprendre comment se fabrique un champion en s’intéressant non pas aux « stars » déjà consacrées par l’arène et les médias, mais aux lutteurs qui tentent de percer.



 

         
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